Conseil du 27 octobre – Incité : Rapport des administrateurs

Sylvie Cassou-Schotte

Intervention de Sylvie Cassou-Schotte

Monsieur le Président, Mes chers collègues,

Cette délibération est évidemment l’occasion d’élargir le débat à la problématique de l’accès au logement sur l’agglomération dans sa globalité.

Avant cela , je voudrai toutefois saluer le travail d’INCITE porté par une équipe de professionnels très compétente et soucieuse d’évaluer son action pour répondre au mieux aux besoins et aux défis de son territoire et périmètre d’action.

Les récents événements qui ont fait la une de la presse locale et nationale cette semaine, outre une violence qu’évidemment on ne peut que condamner, traduisent un profond mal-être face à une situation que beaucoup de nos concitoyens ont le sentiment de subir. Si la forte attractivité de notre agglomération suscite bien évidemment la fierté de beaucoup, mais on aurait tort de minimiser et de ne pas entendre leurs inquiétudes face à des phénomènes qui impactent directement leur quotidien, à savoir la flambée de l’immobilier et la congestion des déplacements.

Nous ne reviendrons pas sur la très forte augmentation des prix immobiliers (+44% en 10 ans et encore +15% en un an) qui de fait ruine tout espoir pour de nombreuses familles ou jeunes actifs locaux d’accéder à la propriété au sein de la métropole. Concernant les loyers, vous semblez indiquer, Monsieur le président, que la hausse n’est que très modérée. Pourtant, chacun sait ici combien trouver un toit à un loyer décent aura été un casse tête pour les étudiants, conduisant même certains à démarrer leur année universitaire sous des tentes sur le campus lorsqu’ils ne bénéficiaient pas de solutions temporaires par des familles ou leurs pairs (des enseignants eux mêmes étaient sollicités pour mettre à disposition une chambre..) . Chacun ici a pu observer dans son entourage ou à travers son expérience de parents , d’élu les freins croissants à l’accès au logement dans le parc privé : garanties demandées au locataire exorbitantes (jusqu’à des lettres de motivation !) files d’attente interminables pour des visites d’appartement, surtension du marché locatif et d’accession avec des annonces pourvues dans l’heure… Il ne s’agit pas de cas isolés . Nous considérons tout cela comme un signe alarmant de forte tension du marché immobilier.

Face à cette situation, à l’image de la politique gouvernementale, vous vous reposez sur la politique de l’offre. Si indéniablement il est nécessaire de construire du logement, en particulier et en priorité du logement social (encore faut il qu’il soit véritablement accessible) , faire reposer notre politique logement sur le seul « choc de l’offre » sans garde-fous ne nous paraît pas de nature à répondre aux enjeux.

Et ceci pour 2 raisons simples :

  • C’est une erreur de considérer le logement comme un bien comme un autre que les seules lois du marché suffiraient à réguler : la possibilité pour toute personne de disposer d’un logement décent est surtout un élément fondamental à la survie de l’individu et même un objectif de valeur constitutionnelle.
  • La politique du logement est fondée sur le principe de mobilité, une mobilité dans un logement créant 5 mobilités. Or aujourd’hui, ce fameux « choc de l’offre » avec notamment les mécanismes de défiscalisation qui y sont associés ne fait que renforcer un système déjà grippé : la mobilité restant dans le même parc (entre propriétaires, au sein du secteur locatif privé…) voire inexistante (dans le parc social).

Nous avons bien entendu vos réticences à l’égard de l’encadrement des loyers, que beaucoup confondent ici d’ailleurs avec un blocage des loyers. Vous avez évoqué hier en Bureau l’annulation par le Tribunal administratif du dispositif mis en place à Lille, permettez-nous de préciser que cette annulation ne portait en aucun cas sur un jugement de pertinence du dispositif, mais portait seulement sur une question de périmètre de compétence.

De même que les habitants paient aujourd’hui le retard pris dans la mise en place d’un établissement public foncier qui aurait contribué à limiter la spéculation foncière, ou encore la régulation tardive des locations touristiques, il serait regrettable de repousser plus avant l’encadrement des loyers.

Avant de conclure, nous aimerions revenir sur un dernier point : le phénomène de gentrification dans certains quartiers. D’aucuns ici préfèrent l’ignorer, d’autres la fustigent. Ce n’est pas tant là la question d’ailleurs, la gentrification pouvant être génératrice de nouveaux liens sociaux et de revitalisation de certains quartiers. Non, la véritable question c’est bien le rapport social inégalitaire d’appropriation de l’espace qui préexistait et qui se voit aujourd’hui renforcé par ce phénomène.

La belle endormie s’est réveillée. Certes. Mais pour beaucoup, derrière la vitrine, c’est l’absence de perspectives d’insertion dans un parcours de vie au sein de notre métropole qui se fait jour. Et cela ne date pas d’hier. Nous vous rejoignons sur un point : ce ne sont tant les parisiens ou autres néo-bordelais qui sont les coupables de cette absence de perspectives et de cette colère étouffée, c’est la défaillance du politique qui n’a pas su ou pas voulu rééquilibrer les territoires et enrayer la concentration des difficultés sur des territoires au tissu social déjà fragile.

Notre devoir de réponse, c’est faire de la mixité, partout, et précisément là où elle n’existe pas aujourd’hui, dans le diffus, dans les quartiers centraux, dans les quartiers aisés et prisés (comme notamment le projet de Gironde Habitat dans l’ancien commissariat central rue Castéja même si ce projet se confronte aux résistances de quelques riverains révelant hélas souvent un repli sur soi empreint de représentations tronquées .

Dans ce contexte aussi difficile de tolérance , de claivoyance et de spéculation foncière, Incité s’efforce d’agir autrement dans le centre historique, et nous nous en félicitons. Mais à l’échelle des mécanismes à l’œuvre dans une métropole devenue un eldorado immobilier, c’est malheureusement une goutte dans l’océan.

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